Ma plume d'argent



....A ma belle-maman !



 

 

Elle se tient assise près de moi, la tête fléchie, comme si ses genoux qu'elle caresse inlassablement, témoignaient de l'histoire de sa vie. Je l'observe discrètement, penchée sur ma feuille blanche, où la plume trace une à une, les lignes qui vont se succéder. Son esprit se dérobe parfois et son regard cherche désespérément où se poser vraiment. Elle s’abandonne passivement au seul spectacle de masse que lui offre le foiral, converti pour la circonstance en une véritable fourmilière humaine. Elle tortille ses doigts, puis soulève prestement la mèche de cheveux qui caresse son front, abandonnée dans le secret de ses silences, et il en est ainsi depuis fort longtemps…


Elle vit à l’instant, sans rien derrière, sans rien devant. Chaque seconde qui tombe est déjà du passé, chaque tic, chaque tac devient une blessure. L’horloge de ses heures, ses souvenirs, tout cela l’a quittée. Pour elle le temps est un espace sans résonance qu’elle franchit sans s’en apercevoir. Chaque heure du jour la plonge dans la pénombre, que le soleil soit haut, que le soleil soit bas.


Quand le silence se fait trop lourd dominé par le procédé de la mise en abîme, je tiens le rôle charnière où le présent occupe une place de premier plan, le passé n’étant plus. Alors je tente de l’arracher à son mutisme, tournant les pages poussiéreuses et fermées depuis que sa mémoire a fui. Fort heureusement, j’ai toujours gardé ses souvenirs dans le coin le plus cher de mon cœur, moissonné tant et tant d’images, de celles qui passent si vite et que l’on ne peut suspendre.


Elle devient l’enfant, objet de mes tourments, que le temps a oublié de faire grandir outrepassant ses droits. Alors je joue le jeu subtil du va-et-vient, j’évoque ses souvenirs, les lieux, les personnes qu’elle a connues durant sa jeunesse et sur lesquelles le temps a fait son œuvre. Des joyeuses époques jalonnent cette quête du temps perdu dans laquelle je suis entraînée. Elle me répond par un joyeux fou rire. Ebaubie, je ris bruyamment pour souligner ce magnifique trait d’humeur et il me sied de manifester sur ma face, un rire complice. Sa présence me réconforte, elle devient l’amie des instants noirs, de la solitude des soirs où la douleur devient trop forte. Mes larmes coulent d’une source divine où ma soif s’accroît sans ne jamais s’étancher. C’est dans ces pleurs-là que je bois pour m’enivrer de son eau de vie.

 

Ainsi le temps qui passe sur vous et celui qui passe sur moi ne détient pas le même visage. Il miroite de ses mille facettes et sans crier gare, il cache parfois sa notion jusqu’à disparaître... Il méconnaît alors l'individu, ne lui accordant le moindre regard. Aujourd'hui, seuls mes yeux, ma bouche, ma plume s’en font l’écho afin que ne meure sa présence auprès d'elle.

L’expérience faisant foi, j’ose espérer que le temps qui passe et celui qui passera ne sera pas une gomme quand bien même mes pensées s’étalent sur un fond de larmes séchées. Peut-être me trompé-je ! Cependant, l’écriture fige ma colère, ma déception...... et mes larmes.

 

 

Alzheimer, maudite sois-tu !!!

Sam 17 oct 2009 19 commentaires
C'était aussi le cas de la mère à ma femme. C'est dure à supporter et surtout qu'on ne peut rien y faire.


Bonne soirée avec bises !!
patriarch - le 17/10/2009 à 18h03
Bonjour chère Jyckie, un beau texte très émouvant évoquant les ravages de la maladie d'Alzheimer, cette maladie destructrice qui gomme les souvenirs les plus précieux, qui efface jusqu'aux sentiments chez la personne qui en souffre. Plus de passé, plus d'avenir, s'installe seulement l'obscurité de l'oubli de soi et des autres qui assistent impuissants à cette dégradation inexorable, ce silence où s'enfonce l'être aimé. Des yeux sans expression, vides comme l'esprit. Les malades sont méconnaissables et c'est un drame pour la famille devant ce déclin progressif ou l'espace et le temps ne veulent plus rien dire. Une maman qui ne reconnait plus ses enfants, quoi de plus terrible ? Maudite et terrible maladie qui détruit le malade et ses proches, la vie... Je t'embrasse très affectueusement Jyckie. Danielle
Danielle - le 17/10/2009 à 19h53
oui, maudite soit cette maladie... vos lignes sont magnifiques, merci de maintenir nos yeux ouverts et de rappeler à notre mémoire... pas encore défaillante, que des êtres aimés ou inconnus sont plongés dans un abîme de solitude... par instants. Merci Jyckie.
catherine - le 17/10/2009 à 20h03
très touchant ---

ras le bol la Maladie !

bon week-end à toi Jackie !
Melly - le 17/10/2009 à 22h26
bonsoir, ma Tite Jyckie
ce texte ! ce poème de douleur et de tendresse
il est si beau dans les mots et si émouvant par les sentiments qui te submergent, qui nous submergent...
Cruelle maladie !
gros bisous d'amitié,Tite Jyckie
bon dimanche
ton j'm m
jean-marie - le 18/10/2009 à 00h08
Je te souhaite de passer une belle journée
amitié

Didier d
Didier d - le 19/10/2009 à 08h39
Elle arrive sans prévenir effaçant ce bonheur du temps comme l'écume déferlante qui noie la terre ! bises
souvienstoi - le 20/10/2009 à 18h29
Mon papa a la maladie et c'est très dur parfois car il ne me reconnait pas du tout, je suis tout le temps obligée de tout lui rappeler. j'en profite un maximum et j'espère que la maladie ne me l'emmènera pas trop tôt bisous du soir
domi - le 20/10/2009 à 19h54
Ces mots me touchent, des personnes de mon entourage, en souffre
Gros bisous
Flo
Flo-Avril - le 21/10/2009 à 20h48
bonjour Jacqueline, profondément touchée par ton texte et la douleur qui s'en dégage,mes pensées t'accompagnent tout simplement. Je suis très honorée d'avoir découvert ta page et pouvoir la visiter,je reviendrai....je te souhaite une bonne nuit étoilée et toute mon amitié,bis
petite marie - le 21/10/2009 à 21h08