Ma plume d'argent



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L’hiver vient de vêtir son long manteau blanc et de frissons en nez couverts, les passants traversent à la hâte le jardin qui, hier encore, s’abreuvait de leurs douces rêveries. Chacun allonge le pas, se dirigeant expressément vers ses besognes. Pour autant, la saison des fêlures et stigmates revient en ces temps où les jours s’écourtent et quand pour certains, la solitude s’accroît…


 Abandonnée dans ses tristes pensées, l’inconnue attend, immobile, percluse par le froid, qu’une âme prodigue vienne s’asseoir à ses côtés… mais que nenni ! Chaque jour décline d’égale désuétude et d’aucuns ne semblent s’apercevoir qu’un être glisse dangereusement vers les abysses. Indurée dans son enfermement et sans autre compagnie que celle de son banc, elle espére mais en vain, qu’une main légère se posera sur son bras.

 
 Ce contact, ce geste elle en rêve depuis que la Grande Faucheuse l’a déchue de son droit d’épouse, et la viduité, plongée dans les vapeurs des marchands d’illusions. Qui l’en blâmera ? Pourquoi était-elle si transparente ? Une main, une seule main inconnue qui défilerait le cocon de ses craintes, effacerait le tableau noir de ses jours et la délesterait de son armure…

 
 Nonobstant, personne Ô, grand jamais personne ne s’approchait suffisamment d’elle pour apercevoir ses yeux remplis de larmes et son triste regard sollicitant une aide quelconque ; une toute petite présence, une minute, trois secondes, elle n’en demandait pas davantage ! Elle espérait sûrement bien plus mais n’osait y croire…était-ce exigence que de se contenter du moindre ?

 
 Elle aurait tant aimé que le poids de son corps se fasse moins lourd, que la lumière revienne, que ses yeux s’éclairent et ses doigts se tendent ; les vicissitudes de la vie en avaient voulu autrement ! Ainsi donc, à l’heure où les rayons de soleil expirent derrière les grands arbres, quand le froid redouble de vigueur, la pauvre dame se lève péniblement et, d’un pas incertain, regagne son triste logis.
Aujourd’hui encore, personne ne l’avait remarquée et, dans l’indifférence des passants… elle s'en est allée !

 
 


 Et si demain, il s'agissait de l'un d'entre-nous ?


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Mer 6 jan 2010 45 commentaires
Ton grand coeur, très chère Jyckie, ne peut s'empêcher de donner une " happy end " à cette édifiante fiction. Pourtant, la situation est bien réelle. Combien sont-ils ( elles) ces " mendiants du coeur ", si enclins à noyer leur solitude dans leur regard - souvent lointains ou baissés?... Je ne suis jamais économe d'un sourire discret ou d'un petit mot en passant. Ce que j'en reçois, en retour, est incommensurable... Je te félicite pour ce beau texte, et je laisse sur ce banc - pour toi - un affectueux baiser, Alice.
Alice HUGO - le 14/11/2007 à 19h09

Merci Alice,
Oui, j'ai voulu masquer sous mon texte les mille facettes d'une bien triste réalité ! L'anonymat des grandes villes, le regard baissé des gens pressés par leurs activités, les cas sociaux en constante augmentation, la résultante d'une société surmenée ou peut-être même... malmenée.  
La chute onirique amène sa propre réflexion quant à apprécier le temps présent.  Pourquoi ne pas tenir très fort dans nos bras ceux dont on ne sait ce que le temps en décidera....
Je t'embrasse très affectueusement,  Jyckie.

Jyckie !
Comme ça fait plaisir, ma Jyckie de te retrouver avec toujours ton immense talent pour conter de fort émouvantes histoires. Je suis heureux de voir que tu reprends ta magnifique plume d'argent et l'histoire est très belle je t'embrasse très amicalement bien à toi j'm
jean-marie - le 14/11/2007 à 19h46

Mon J.M,
Toujours un gentil petit mot pour encourager celle à qui tu prêtes bien du talent. Je te remercie d'être ce que tu es, un véritable ami.
Je t'embrasse et te souhaite une douce journée,
Tite Jyckie.

Jyckie !
Jeune, très jeune même,j'ai passé quelques années en hôspice,et de ces vieux et vieilles, j'en ai vu sur les bancs des cours, plus l'été que l'hiver, avec déjà dans le regard une absence totale de vie.Ils étaient déjà morts socialement,et ils végétaient comme tels. Aucune animation, ni de journal, ni même un bonjour des aides-soignants complétement débordés. Un mourroir en somme. Je crains qu'avec le retour des restrictions sociales, nous ne le revoyions ce temps là! Ton texte est, même s'il est onirique,malheureusement une triste réalité.
patriarch - le 14/11/2007 à 20h53

Patriarch,
J'ai moi-même exercé en gériatrie et je n'irai pas jusqu'à dire que les soignants n'ont guère le temps de poser un regard sur leurs patients car un sourire ne prend pas de temps...pour autant, je comprends ce que tu ressens.
Pour le côté onirique de mon texte, j'avoue qu'il n'est qu'une mascarade, un pied de nez  !!! 
Ne dit-on pas d'une situation dépassant tout entendement : ciel, ce n'est pas possible, je rêve ?
Je t'embrasse amicalement,
Jyckie.

Jyckie !
Je te parle des années 1934 à 39 et crois moi, c'est bien ce que je te décris, même si c'étaient des "bonnes" soeurs qui officiaient dans les services !! Et moi, je n'avais que 3 ans au début. Bonne journée .
patriarch - le 15/11/2007 à 10h31

Patriarch,
Je n'avais pas fait le rapprochement entre ton pseudo et la sagesse de ton *grand âge (sourire amical ) ! Il est évident qu'en aucun cas, je ne me permettrais de douter de la sincérité des faits que tu relates dans un contexte *bien particulier lié à des temps que l'on espère tous, révolus. 
Toutefois, l'infirmière que je fus se permettait de défendre la position et profession de ses collègues (véritable profession de foi...) qui sont d'une autre époque, la mienne. Les cours de déontologie sont omniprésents en ce domaine et l'approche du malade est une étude psychologique très approfondie. Quand bien même il y aurait des conduites hors norme, je les déplore sincèrement.
Ma réponse est sûrement un peu longue mais les commentaires servent aussi à cela : s'exprimer et ne laisser planer aucun doute sur sa bonne foi. 
Je te remercie d'avoir apporté la précision nécessaire à notre échange que je considère très amical.
Bonne soirée et bises amicales,
Jyckie.

Jyckie !
Très joli texte, Jyckie ! Le titre est bien trouvé et bien envoyé ! J'ai moi-même publié (sur mon blog, 03/07/2007) un poème (Van minh ? / Civilisé ?) plaignant la détresse des personnes âgées. Bonne journée, bisous.
Dông Phong - le 15/11/2007 à 10h45
Dông Phong,
Je te remercie de ton passage.
La détresse des personnes âgées est un puits sans fond duquel d'aucuns n'en "remontent" indemnes...
Je vais venir te rendre visite.
Je t'embrasse,   Jyckie.
Jyckie !
Encore un bien bel écrit, petite soeur. ça y est tu as repris ta plume. Je pense que celle-ci devait s'ennuyer dans son encrier et que tes mains devenaient frénétiques : l'envie d'écrire, de donner du bonheur aux autres. Trop heureuse de pouvoir enfin te relire sur d'autres nouvelles. Je t'aime et je t'embrasse très très fort petite soeur. Ta Lucie
Lucie Portal - le 15/11/2007 à 16h32
Ma Lucie,
Oui j'ai repris ma modeste plume pour un sujet qui nous tient tous à coeur et qui reste fidèle à mes pensées. L'hiver amène toujours son lot de souffrances...
Je suis ravie que mon retour te satisfasse et la joie des retrouvailles *s'entend dans ton commentaire.
Je t'embrasse très fort,
Ta petite soeur,   Jyckie.
Jyckie !
Je me suis assise un moment sur ce banc pour réfléchir avec toi dans le silence laissé entre l'espace de tes mots. La vieillesse isolée dans la foule, la solitude, la main qu'on ne touche plus, les corps abandonnés , les calins disparus avec en plus peut-être la maladie, le froid, les larmes, la souffrance, la peur.de mourir tout simplement, de perdre un enfant, un compagnon, une amie ce qui arrive chaque jour autour de nous et qui peu nous arriver aussi sans qu'on y prenne gare, d'un seul coup .et puis de l'autre coté ce chemin de solidarité, de mains tendues, du bonheur présent et même si les choses ne sont pas parfaites ,tout prendre de la vie, de ces minutes, de ces heures de bonheur intenses, apprendre à savourer chaque instant, ces cadeaux que nous ne voyons plus parfois. Savoir regarder et écouter, parler, donner à ceux qui nous entoure et puis garder et préserver au fond de son coeur des chemins d'amitié qui s'ouvrent ma Jyckie, des chemins de douceur, de bonté, de sagesse., d'humour et de gentillesse..oui tout cela existe aussi.et peut être plus fort que cette ombre désespérée assise toute seule sur un banc dans la froidure de l'hiver et du désespoir..Espérance, lumière..j'aime ce chemin et pourtant je suis parfois aussi une petite marmotte en état d'hibernation et qui ferme ma porte..mais je t'écris ces mots que j'aimerai tant voir aussi assis au milieu du banc: amour et partage et qui sait derrière le silence de ces maux y a t-il une voix qui sait tout et non pas qui s'est tue: Providence..Avec beaucoup de tendresse, d'amour et d'amitié je t'envoie mille gros calins. Béatrix
Béatrix - le 15/11/2007 à 18h31
Ma puce,
Je suis flattée de ta présence à mes côtés sur ce banc où le partage fut prôné...
Qu'ajouter à cette divine perception de mes mots voilés, si ce n'est que vivats pour tant d'équité.
Satisfaction pour l'auteur de ce billet, de constater que ses mots furent à ce point, dévoilés.
Il ne réside donc nul arcane dans ton interprétation justement dosée et, c'est avec fierté, que je déclame : Princesse, tu me connais et ma plume pour toi, n'a plus de secret...
Douces pensées et câlinoux à point nommés.
Jyckie.
Jyckie !
Une nouvelle histoire merveilleuse...j'avoue cela me manquais ^^ bonne contiuation!
Mano - le 15/11/2007 à 18h58
Mano,
Que voilà des mots que j'interprête comme un compliment.
L'absence a de bon ce que les retrouvailles engendrent.
Bises amicales,   Jyckie.
Jyckie !
Très beau texte et si actuel pour certaines personnes. La fin nous délivre de notre angoisse à sa lecture et si je voyais un jour une personne seule sur un banc, je m'arrêterai...
Janou - le 16/11/2007 à 11h37
Janou,
Chaque lecteur de ce billet est parfaitement conscient que le rêve est parfois réalité. Nous réagissons tous de la même façon : tendre la main ne coûte rien et, nul ni personne, n'oserait agir autrement que de s'asseoir aux côtés de mon héroïne.
Merci pour tes mots.
Bises amicales,   Jyckie.
Jyckie !
Encore un texte magnifique, ce qui ne m'étonne pas de toi chère Jyckie. Oui, heureusement, c'est un mauvais rêve, mais combien vivent donc ce cauchemar, quelle tristesse quand on y pense ! Je te fais des milliers de bisous ma Jyckie. A très vite
Pauley - le 16/11/2007 à 20h39
Pauley,
Tu as entièrement raison et le "spectacle" de ce banc dans la froidure et la solitude est, hélas, toujours d'actualité...
Grosses bises amicales,    Jyckie.
Jyckie !