CONTE PROVENCAL DE FREDERIC MISTRAL
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Il y avait une fois un niais nommé Georges Banet. Sa mère l’envoya chercher des
aiguilles.
Georges Banet va acheter les aiguilles, et,
quand il les a achetées, il s’en retourne au bastidon et les porte à la main. Mais en passant prés d’un pailler, il voit, ma foi, un passereau qui s’était pris dans un
lacet.
- Oh ! le beau passereau, dit-il ; il faut que je
l’attrape. Et pour se débarrasser, il plante dans le pailler les aiguilles qui le gênent. Puis, quand il a pris l’oiseau, il vient chercher ses aiguilles : cherche ! … tu peux chercher !…
il ne les trouve plus.
- Ma mère me gronderait, dit-il, oh ! Il n’y a pas de
milieu, il faut que je les trouve !
Et que fait le nigaud ? Il met le feu au pailler pour chercher les
aiguilles dans les cendres…
Mais, je vous demande un peu s’il les trouva !
- Ah ! bêta ! lui cria sa mère…Avoir brûlé un pailler pour
chercher deux liards d’aiguilles . Ne pouvais-tu pas les piquer dans ta manche ? …Tiens, gros pataud, va faire affûter le soc de la charrue.
Georges Banet va chez le maréchal-ferrant ; et, une fois le soc
affûté, savez-vous ce qu’il fait ? Il le pique dans sa manche : je vous laisse à penser qu’elle déchirure…
- Ah ! idiot, lui cria sa mère…Avoir déchiré ta belle veste en y
piquant le soc ! Ne pouvais-tu pas le porter sur ton épaule ? …Va, gros dégourdi, va chercher le porc qui est là-bas dans les guérets…
Georges Banet s’en va chercher le porc ; et alors se rappelant la
réprimande de sa mère, il le charge sur l’épaule, jambe deçà, jambe delà. Mais le porc - nom de goi ! - le long du chemin, ne lui mangea-t-il pas l’oreille ? …
Ah ! graine d’abêti ! lui cria sa mère…S’être fait manger
l’oreille par le porc ! Que ne traînais-tu après toi ! …Alors tu ne sauras jamais rien faire ? …Marche, gros âne, va-t’en chez la voisine, lui emprunter son chaudron pour faire la
lessive.
Georges Banet court chez la voisine et, quand il a le chaudron,
l’attache avec une corde, et patatin ! et papatan ! il traîne le chaudron tout au long du chemin…Vous pouvez penser qu’il lui fit des bosses.
Ah ! sacré butor ! lui cria sa mère, il n’est de bête qui te passe ! Je
ne puis plus me fier à toi ; tu me ferais devenir folle. Que le diable t’emporte !
Il fallait pourtant faire les commissions, et la nuit
s’avançait.
- Georges Banet, lui dit sa mère, vois-tu, je
vais acheter un patac de poivre ; garde la lessive ; et mets-y de l’eau dessus quand l’eau aura passé.
- Il suffit, ma mère !Voici donc mon Georges qui coule la lessive. Tout en la coulant......



