GUILLO ET SON ECLAIR DE GENIE.
Le soleil du mois d'août endiablait les cigales ; la salle de séjour était -ou paraissait- un peu plus fraîche. Sur la table, notre petit-fils Guillaume encadrait de ses coudes ce fameux cahier de devoirs de vacances qui, malgré sa couverture rutilante de couleurs, ne pouvait l’encourager d'écrire le moindre mot.
Pensez donc ! Il était là, les bras satellisés autour de sa tête. La chaleur, le chant des cigales qui traversait les murs ; une horloge qui depuis de nombreuses générations, comptait dans ses tic-tac les fuyantes secondes d’une vie qui s'écoule…
Bref, c'était l'endroit idéal pour la rêverie. Entre mes paupières mi-closes je l'entrevoyais malgré une sieste qui ne pouvait se définir, quand une voix me remit les pieds sur terre.
- Dis, Papy ! Pourquoi le village de Mamie est tout rayé ?
- Que veux-tu dire Guillo ?
- Eh bien, regarde là haut, tu vois ces fils électriques, c'est comme un mot que j'ai mal écrit, qu'il faut que je barre sur mon cahier de brouillon.
Je m’incline tout prés de lui pour avoir le même champ de vision ; effectivement, le village de Mamie disparaissait dans cette trame de fils. Je ne puis que le constater.
- Dis, Papy ? Pourquoi il faut tous ces câbles pour conduire l'électricité ?
Sans que je puisse lui répondre, il fixait, du bleu de ses yeux mon regard qui lui renvoyait l'identique couleur; d'une voix courroucée, presque autoritaire, il me dit :
- Eh bien moi ! Quand je serai grand, je les supprimerai !
- Je suis d'accord avec toi, mais comment feras-tu ?
- C’est facile, regarde !
Saisissant une feuille de papier, il me dessinait, tel un technicien en herbe, le fruit de son imagination.
Le croquis envahissait la page de traits aux lignes inextricables.
- Mais, je ne comprends pas ! Tu devrais me l'écrire, tu pourrais ainsi m'expliquer ton idée afin que je puisse suivre ton raisonnement.
Quelque peu contrarié, il accepta. De mon index, je lui désignais :
- Qu'est-ce cela ?
Sous ma dictée, il écrivait, atmosphère, foudre, éclair, laser, satellite, sans se douter de mon stratagème; le travail de révision s'était effectué. Du groupe sujet au groupe verbal, des synonymes aux antonymes, nous partions vers d'autres galaxies ; intarissable, Guillaume continua son exposé.
- Tu vois ! Ça c'est un laser, qui prend dans les éclairs de la foudre une faible partie d'électricité.
Un sourire intérieur naissait en moi.
- Tu me parles d'éclairs, et tu te nommes Tonnerre ; qu'elle coïncidence !
Nous voici tous deux, imaginant ce fameux procédé. Une parabole captait dans son foyer, la puissance électrique de la foudre, qu'elle renvoyait vers des satellites qui transmettaient ce fluide vers la terre.
- Ho ! La, la ! Mais tu es un nouveau Newton ! Tout étonné, il me demanda :
- Qui c'est ce Newton ?
- C’était un savant, qui rêvait sous l'ombre d'un arbre, quand soudain une pomme tomba prés de lui. Cela paraissait tellement normal que personne, avant lui, ne s'était posé la question : Pourquoi cette pomme n'était-elle pas montée vers le ciel ? …C'est de cette observation qu'il a découvert l'attraction terrestre.
- Tu vois ! Guillo, Il faut toujours se poser la question : Pourquoi ? Toi, qui rêvais sur ton cahier, tu viens d'imaginer un procédé qui pourrait changer l'Economie Mondiale ! Tout fonctionnerait avec l'électricité, les automobiles, enfin tous ces moteurs actuels ; les centrales thermiques disparaîtraient, plus de pétroliers qui souilleraient les côtes bretonnes, là où demeure ta Grande-Mamie.
« Plus de pollution, ni de déchets radioactifs. De cette invention que tu as imaginée, le monde entier aurait cette énergie renouvelable et gratuite.
…Dans les régions désertiques, il faut de l'eau, pour voir germer les graines, sans attendre d'hypothétiques pluies. Des forages seraient effectués dans les nappes phréatiques, les pompes aspireraient le précieux liquide ; l'arrosage se ferait uniquement la nuit, ce qui éviterait une évaporation trop rapide ; les récoltes ne tiendraient plus du miracle, la nourriture de ces peuples serait enfin assurée. Tout verdirait, fleurirait, et dans les arbres, sous le feuillage, on entendrait des chants d'oiseaux. »
Guillaume m'arrêta, quand, de sa voix tout étonnée, il me posa une seule question :
- Tu crois que ce serait possible ?
- Mais bien sûr ! C'est une invention qui donnera au peuple une part d'égalité ; d'ailleurs, un vieil adage dit : « Le soleil brille pour tout le monde »
Eh bien là, mon Guillo, tu viens de réaliser le rêve de l’humanité !
(Article rédigé par Candide Agnèse)




