PAUVRE AMOUR EXILÉ
Instant divin, quand notre amour soudain me plonge
dans la nuptiale union, qui fusionnait nos vies.
Une affreuse douleur, sournoisement me ronge
la poitrine, où mon âme demeure endolorie.
Les nuits peuvent mourir, les jours peuvent s’éteindre
rien, ne pourra jamais détruire notre amour.
La douceur du foyer, où commençait à poindre
l’espoir des jours nouveaux, le futur des toujours.
Notre amour a grandi et
grandira encore,
plus follement, plus fortement que jamais.
De ce premier baiser qui fut la rosée de l’aurore
Qui m’a donné pour toujours le bonheur de t’aimer.
Ô ! Combien je pense et maintes fois je rêve,
à ce jour merveilleux qui pressera sur mon cœur
ta blanche poitrine qu’un fol émoi soulève,
tes seins gonflés d’amour, débordants de bonheur.
J’aurai la profonde joie, de te voir accourir
au détour du chemin dans mes bras grands ouverts.
Quel délicieux frisson quand tu viendras blottir
ton corps, qui demeurait au-delà de la mer.
Ô ! Jour béni de mon retour, je te vois là-bas
sur le petit sentier bordé de primevères,
ton visage près du mien, te murmurant tout bas
tous ces mots d’amour qui étaient dans mes prières.
Je prierai encore plus, pour vivre cet instant.
Nous serons tous les deux, et les célestes mystères
vers nous s’avanceront, troublants et palpitants,
pour que nous puissions nous aimer la vie entière.
Je vois au loin ce jour, cette journée suprême,
où pour toujours finiront de souffrir nos cœurs.
Nous serons tous les deux et nos âmes qui s’aiment
chanteront à nouveau la chanson du bonheur.
Je ressens sur mes lèvres que l’amour rend brûlantes
les sensuels baisers de nos bouches en feu,
et dans ce rêve, qui dans cet exil me hante,
je pense follement à ce jour merveilleux.
Ah ! Ce retour béni nous y pensons sans cesse.
Mais quand reviendra-t-il encore bercer nos cœurs,
essuyer nos larmes pleurant notre détresse,
arrêter nos soupirs, et calmer notre douleur ?
Amour, source divine de cette douce espérance,
apporte-nous toujours les flots de souvenirs
que nous avons vécus sur la terre de France,
avant que ce destin ne me fasse partir.
Je suis parti, mais mon cœur dans le tien demeure.
Qui hélas ! Parmi nous cette absence où l’on pleure
séparés par tant d’eau, de terre, et de soupirs.
Courage, petite femme que sans cesse j’adore
ce jour du renouveau pour nous, fera fleurir
la plus belle fleur qui naîtra de l’aurore
et qu’un fatal destin ne peut
anéantir.
* MENZEL –DJEMIL-TUNISIE. *Extrait
d’une lettre à mon épouse.
Lundi 3 septembre
1945
CANDIDE AGNESE




