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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 14:09

Légende Japonnaise

 

    Il était une fois, au Japon, un pauvre casseur de pierres nommé Mogo. Pour gagner sa vie, de l’aube au coucher du soleil, par les pluies, les vents ou le soleil brûlant, il cassait les cailloux sur les routes.
   Le métier était rude, mais, fils, petit-fils et arrière-petit-fils de casseurs de pierres, il ignorait le chômage et la maladie. Il avait ainsi, quotidiennement en suffisance, le riz, sa nourriture essentielle. Nombreux de ses camarades, moins favorisés, enviaient sa vigueur, sa santé et la chance de ne jamais manquer de travail. Il vivait dans la hutte bien close que lui avait laissait son père. Il s’y renfermait le soir pour se reposer et dormir tranquille, à l’abri des intempéries, des gens dangereux et même des bêtes malfaisantes.
     Mais Mogo n’était pas de ceux qui se contentent de ce qu’ils ont. Hanté par des idées de grandeur et de richesse il aurait voulu naître Seigneur, et se trouvait bien malheureux de sa condition de casseur de cailloux. Tous les matins, tous les soirs, il fatiguait son Mathi de plaintes et récriminations. Les Mathis étaient les anges gardiens du Japon, des génies tutélaires auxquels le Très-Haut confiait l’âme de chaque Japonais venant au monde, pour la garder, la protéger du berceau à la tombe, la guider vers le bien, la défendre contre le mal et les mauvaises tentations.
    Le Mathi de Mogo l’aimait tendrement. Aussi s’affligeait-il grandement de ses doléances incessantes et s’inquiétait de le savoir sans cesse, insatisfait.

    Le lendemain, le soleil brillait et la journée était très chaude. Mogo cassant des pierres sur la grand-route qui mène de Nagasaki à Yedo, s’arrêta un instant pour essuyer la sueur qui perlait, coulait sur son front. Il observait la route, appuyé sur sa massette, quand tout à coup, il vit s’élever un grand tourbillon de poussière. Mogo put distinguer une troupe de chevaliers superbement vêtus qui escortaient un palanquin aux rideaux pourpres et franges d’or, sous lequel s’abritait un Seigneur. Alors, regardant les pauvres hardes dont il était couvert, Mogo plein d’amertume et rageusement, commença sa plainte :
       - Ô mon Mathi, pourquoi ne suis-je pas un Seigneur, moi aussi ?
       - Tu veux être seigneur ? Soit-le !   murmura joyeusement une voix à son oreille.
       Et avant que Mogo, stupéfait, n’ait eu le temps de comprendre, il se retrouva Seigneur.
     
    Or, par un après-midi de grosse canicule, parcourant la campagne avec ses cavaliers, Mogo constata que devant le soleil, même un seigneur, aussi riche fut-il, ne comptait pas davantage qu’un casseur de pierres. En effet, le soleil était bien au-dessus des princes, des rois et du mikado, car au-dessus du lui, il n’y avait personne d’aussi grand. Ainsi, immédiatement, il commença à envier le soleil et souhaita ardemment devenir le soleil lui-même….
 -  Ah ! mon Mathi, soupira-il avec amertume, pourquoi, au lieu de me faire seigneur, ne m’as-tu fais soleil ? 
 -Tu veux être soleil ?  Soit-le. 
Et Mogo se trouva soleil !

     Les jours passèrent et l’ivresse de Mogo allait croissante, lorsque parut dans le lointain, un tout petit point noir menaçant qui marchait contre le soleil. Grandissant, grossissant, s’épaississant dans un immense nuage d’ombre, la masse en vint à couvrir la quasi voûte céleste. Frémissant de colère, Mogo-Soleil concentra ses rayons les plus puissants et les lança sur cette masse de ténèbres, se flattant de la dissiper, en l’incendiant. Mais les ténèbres ne se laissèrent incendier et se firent bien plus noires. La nuit descendit sur la terre et une terrible tempête éclata.
    - Mathi ! s’écria Mogo fou de rage, le nuage est plus fort que le soleil. Je veux être nuage, vainqueur du soleil !
    - Soit-le ! dit durement l’esprit.
Et Mogo devint nuage, recélant les tempêtes et les ouragans.

La pensée d’être plus fort que le soleil le ravissait car aucune puissance dans l’univers ne pourrait surpasser la sienne. Cependant du haut du firmament, en planant sur les côtes, Mongo-Nuage remarqua tout à coup, dressé au bord de l’océan telle une sentinelle géante, un immense rocher, large et haut comme une montagne. Vieux comme le monde, ce colosse de granit avait traversé les siècles. Invulnérable à l’usure du temps et aux plus terribles bouleversements de la nature, il était demeuré immuable et aucun cataclysme n’avait pu en avoir raison.
Cette attitude irrita Mogo, qui voulut voir un insolent défi à son adresse et, pour se débarrasser de ce rocher et le châtier de son outrecuidance, il résolut de l’arracher de la côte et de l’engloutir dans les flots. Mais le nuage, malgré ses tempêtes déclenchées ne parvint à vaincre le rocher. L’échec fut cuisant.
  -  Mathi ! hurla Mogo hors de lui, le rocher est plus fort que le nuage, je veux être le rocher !
  -  Sois-le ! gronda l’esprit.
Et Mogo, devenu le rocher qui brave impunément le temps, le soleil, les ouragans et les cyclones, se demandait qui, maintenant, pourrait l’emporter sur lui ? Qui ?

Un matin, il s’éveilla sous l’impression d’une piqûre aiguë, puis d’un déchirement comme si une parcelle de granit se détachait de lui ; il sentit ensuite des coups sourds, pressés, régulièrement espacés, frapper sa base ; il lui semblait que parcelle après parcelle, il s’émiettait. Alors une grande frayeur le saisit ; éperdu de colère et d’effroi, il cria son angoisse.
   - Mathi ! Mon Mathi ! Quelqu’un ou quelque chose plus fort que le rocher l’attaque ! Je veux être ce quelqu’un !
Soit-le ! dit l’esprit dont la voix se fit ironique.

Et Mogo se retrouva…. casseur de pierres !      

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commentaires

ROMAIN 05/08/2010 00:11


Ce conte m'était raconté par mon pere lorsque j'étais tout petit et très jeune je compris que l'herbe n'étais pas forcément plus verte dans le pré du voisin. L'envi est en effet un vilain défaut et
la réalité nous ramene souvent à la Terre ferme (:la roche...)!!